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Anthropic : l’histoire de l’entreprise qui fabrique Claude, de 124 millions à 965 milliards de dollars

5 octobre 2026 · 18 min de lecture · par Hasnen
Anthropic : l’histoire de l’entreprise qui fabrique Claude, de 124 millions à 965 milliards de dollars
✦ Résumé de l'article

Anthropic est une entreprise américaine, basée à San Francisco, fondée début 2021 par Dario et Daniela Amodei et cinq autres anciens d’OpenAI : c’est elle qui fabrique Claude. Partie de 124 millions de dollars, elle était valorisée 965 milliards en mai 2026, et l’un de ses premiers gros investisseurs fut FTX, la plateforme crypto de Sam Bankman-Fried.

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    Anthropic est une entreprise américaine d’intelligence artificielle, basée à San Francisco, qui fabrique Claude. Elle a été fondée début 2021 par Dario et Daniela Amodei, frère et sœur, avec cinq autres anciens d’OpenAI. Partie de 124 millions de dollars, elle était valorisée 965 milliards de dollars en mai 2026, et elle prépare son entrée en Bourse.

    Ce qui rend cette histoire intéressante, c’est son paradoxe. Des chercheurs inquiets de la vitesse de l’IA ont quitté OpenAI pour faire les choses plus prudemment, et cinq ans plus tard, leur entreprise est l’un des labos qui vont le plus vite au monde. Je te la raconte dans l’ordre, chaque chiffre daté et sourcé, et je mets cette page à jour quand un fait change.

    Anthropic en bref

    NationalitéAméricaine, siège à San Francisco (Californie)
    CréationDébut 2021
    StatutPublic benefit corporation (société à mission de droit américain), non cotée
    CofondateursDario Amodei, Daniela Amodei, Jared Kaplan, Jack Clark, Tom Brown, Sam McCandlish, Chris Olah
    DirectionDario Amodei (directeur général), Daniela Amodei (présidente)
    ProduitsL’assistant Claude, l’agent de développement Claude Code, l’API Claude
    Valorisation965 milliards de dollars (série H, 28 mai 2026)
    Revenu annualiséPlus de 47 milliards de dollars (mai 2026, chiffre officiel)
    Gros investisseursAmazon et Google, puis Microsoft, Nvidia et de nombreux fonds
    BourseDossier confidentiel déposé le 1er juin 2026, pas encore cotée au 5 octobre 2026

    Anthropic, c’est quoi ? Origine et nationalité de Claude

    Anthropic est une société américaine. Son siège est à San Francisco, ses fondateurs sont américains, et Claude, son assistant, est donc une IA américaine, au même titre que ChatGPT (OpenAI) ou Gemini (Google). Si tu cherches un acteur français, c’est du côté de Mistral AI qu’il faut regarder, dont je raconte aussi l’histoire.

    La confusion vient souvent du prénom : Claude sonne français. Anthropic n’a jamais publié d’explication officielle sur ce choix. L’hypothèse qui circule le plus est un clin d’œil à Claude Shannon, le mathématicien américain qui a fondé la théorie de l’information, mais l’entreprise ne l’a pas confirmée dans ses publications. Le nom de l’entreprise, lui, vient du grec anthrôpos, l’être humain.

    Claude est disponible officiellement en Europe depuis le 14 mai 2024, et Anthropic a annoncé en novembre 2025 l’ouverture de bureaux à Paris et à Munich. Ça n’en fait pas une entreprise européenne : elle reste soumise au droit américain. On l’a vu en juin 2026, quand une décision du gouvernement américain a fait couper ses deux meilleurs modèles dans le monde entier, France comprise.

    Dernier point d’identité, qui explique beaucoup de choses : Anthropic est une public benefit corporation (PBC). C’est une société à but lucratif qui inscrit dans ses statuts une mission d’intérêt général, ici développer une IA avancée de façon responsable, au bénéfice de l’humanité sur le long terme. Le « PBC » que tu vois dans « Anthropic PBC », c’est ça.

    Qui a créé Claude ? Les fondateurs d’Anthropic

    Selon Forbes et Fortune, Anthropic compte sept cofondateurs, tous passés par OpenAI. Deux portent l’entreprise.

    Dario Amodei, né en 1983 à San Francisco, est le directeur général. Licence de physique à Stanford, doctorat de biophysique à Princeton, puis Baidu, Google Brain et OpenAI, où il était vice-président de la recherche et a supervisé GPT-2 et GPT-3. Son parcours complet, sa fortune et ses essais sont dans mon portrait de Dario Amodei.

    Daniela Amodei, sa sœur cadette, née en 1987, est la présidente. Elle n’a rien d’une scientifique de formation : licence de littérature anglaise à l’université de Californie à Santa Cruz, des campagnes politiques, puis l’une des premières recrues de Stripe en 2013. Elle rejoint OpenAI en 2018 et y devient vice-présidente chargée de la sécurité et des politiques publiques. C’est elle qui fait tourner l’entreprise au quotidien.

    Les cinq autres viennent du cœur technique d’OpenAI : Tom Brown, premier auteur de l’article scientifique qui a présenté GPT-3, Jared Kaplan et Sam McCandlish, coauteurs des travaux de 2020 sur les lois d’échelle (plus de données et de calcul donnent des modèles prévisiblement meilleurs), Chris Olah, spécialiste de l’interprétabilité (comprendre ce qui se passe à l’intérieur d’un modèle), et Jack Clark, ancien directeur des politiques publiques d’OpenAI. Certaines listes ajoutent Benjamin Mann, présent dès le départ.

    Dario et Daniela Amodei figuraient dans la liste TIME100 AI de 2023. En janvier 2026, les sept cofondateurs se sont engagés à donner 80 % de leur fortune, selon Fortune.

    Correction : la version précédente de cette page attribuait à Dario un doctorat de physique de Stanford et présentait Daniela comme physicienne diplômée du MIT. C’était faux, c’est corrigé.

    Pourquoi ils ont quitté OpenAI

    Dario Amodei quitte OpenAI fin 2020, avec plusieurs collègues. La raison qu’il donne tient en deux convictions : les modèles vont devenir beaucoup plus puissants en grossissant, et il faut autre chose que de la puissance pour qu’ils restent sûrs. Il estimait que cette seconde partie ne recevait pas assez d’attention.

    Anthropic naît début 2021 avec un pari : prouver qu’on peut être à la pointe de l’IA tout en plaçant la sécurité au centre, et tirer le reste du secteur vers le haut par l’exemple. Lors de sa première levée, en mai 2021, l’entreprise annonce qu’elle va se concentrer sur la recherche à court terme. Pas de produit, pas de chatbot. Il faudra attendre mars 2023 pour voir Claude.

    Les financements d’Anthropic, de 124 millions à 965 milliards

    Les étapes qui comptent, avec la source de chaque chiffre (« Anthropic » quand l’entreprise l’a annoncé elle-même, « presse » quand il vient d’un média de premier plan) :

    DateOpérationMontantValorisationSource
    Mai 2021Série A menée par Jaan Tallinn (cofondateur de Skype), avec Dustin Moskovitz et Eric Schmidt124 M$n.c.Anthropic
    Avril 2022Série B menée par Sam Bankman-Fried (FTX)580 M$n.c.Anthropic
    Début 2023Google entre au capital (environ 10 %)environ 300 M$n.c.Presse (Financial Times)
    Mai 2023Série C menée par Spark Capital, avec Google, Salesforce Ventures et Zoom Ventures450 M$n.c.Anthropic
    Septembre 2023Accord stratégique avec Amazonjusqu’à 4 Md$n.c.Anthropic
    Octobre 2023Engagement de Googlejusqu’à 2 Md$n.c.Presse
    Début 2024Tour mené par Menlo Ventures750 M$18,4 Md$Presse
    Novembre 2024Amazon double la mise4 Md$ (8 Md$ au total)n.c.Anthropic
    Mars 2025Série E menée par Lightspeed3,5 Md$61,5 Md$Anthropic
    Septembre 2025Série F menée par ICONIQ13 Md$183 Md$Anthropic
    Novembre 2025Microsoft et Nvidia entrent au capitaljusqu’à 5 et 10 Md$n.c.Anthropic
    Février 2026Série G menée par GIC et Coatue30 Md$380 Md$Anthropic
    Avril 2026Amazon (5 Md$, jusqu’à 20 de plus) puis Google (10 Md$, jusqu’à 30 de plus)15 Md$ versésn.c.Presse, confirmé par Anthropic en mai
    28 mai 2026Série H menée par Altimeter, Dragoneer, Greenoaks et Sequoia65 Md$965 Md$Anthropic

    n.c. : non communiqué par l’entreprise. Les valorisations de 2022 et 2023 qui circulent (4 à 5 milliards) viennent d’estimations de presse contradictoires, je ne les reprends pas.

    L’investisseur qu’Anthropic aimerait oublier : FTX

    Le chapitre le plus romanesque, c’est la série B. En avril 2022, Anthropic annonce 580 millions de dollars dans un tour mené par Sam Bankman-Fried, alors patron de la plateforme de cryptomonnaies FTX. Le gros du montant, environ 500 millions, vient de l’univers FTX et de son fonds d’investissement Alameda Research, pour près de 8 % du capital.

    Sept mois plus tard, en novembre 2022, FTX s’effondre. Bankman-Fried est reconnu coupable de fraude fin 2023. Les liquidateurs revendent la participation en 2024 pour environ 1,3 milliard de dollars au total : 884 millions en mars, 452 millions en juin. Avec les valorisations de 2026, les créanciers de FTX ont de quoi avoir des regrets.

    Amazon et Google : actionnaires, fournisseurs et distributeurs

    Le vrai tournant financier, ce sont les géants du cloud. Amazon promet jusqu’à 4 milliards de dollars en septembre 2023, devient le principal fournisseur de calcul d’Anthropic, et double la mise en novembre 2024. Google suit la même logique. Les deux sont à la fois actionnaires, fournisseurs de puces (Trainium chez Amazon, TPU chez Google) et revendeurs de Claude dans leurs propres clouds.

    En novembre 2025, Microsoft et Nvidia entrent à leur tour, Anthropic s’engageant à acheter pour 30 milliards de dollars de capacité de calcul sur Azure. Claude devient ainsi disponible sur les trois grands clouds : Amazon, Google et Microsoft.

    À qui appartient Anthropic ?

    À personne en particulier, et c’est voulu. Anthropic n’est pas cotée. Son capital est réparti entre ses fondateurs, ses salariés et ses investisseurs, et aucun géant de la tech ne la contrôle.

    • Google détenait 14 % du capital selon des documents judiciaires révélés en 2025 par le New York Times, sans droit de vote ni siège au conseil, et avec un plafond fixé à 15 %.
    • Amazon a investi 13 milliards de dollars au total après son apport d’avril 2026, selon la presse. Sa part exacte n’est pas publique.
    • Le Long-Term Benefit Trust est le verrou original. C’est un comité indépendant, dont les membres n’ont aucun intérêt financier dans l’entreprise, qui nomme une partie des administrateurs. Depuis le 14 avril 2026, les administrateurs nommés par ce comité sont majoritaires au conseil d’administration.

    Ça pourrait changer avec l’introduction en Bourse. Anthropic a déposé un dossier confidentiel auprès du gendarme boursier américain le 1er juin 2026. Au 5 octobre, l’entreprise n’est pas cotée, et ni la date ni le prix n’ont été annoncés officiellement. Le Wall Street Journal et Reuters évoquent une cotation au Nasdaq en novembre, sans confirmation d’Anthropic.

    De Claude 1 à Fable 5.1 : l’histoire des modèles Claude

    La première version de cette page notait que Claude avait encore des progrès à faire en programmation. Deux ans et demi plus tard, c’est justement le code qui fait sa fortune. Les dates qui comptent :

    DateModèle ou lancementCe que ça a changé
    14 mars 2023Claude et Claude InstantPremier lancement, d’abord pour les entreprises via l’API
    11 juillet 2023Claude 2Ouverture de claude.ai au grand public, aux États-Unis et au Royaume-Uni
    4 mars 2024Claude 3 (Haiku, Sonnet, Opus)Trois tailles de modèles ; Opus se mesure à GPT-4
    14 mai 2024Arrivée en Europeclaude.ai disponible en France
    20 juin 2024Claude 3.5 SonnetLancement des Artifacts : le code ou le document s’affiche à côté de la conversation
    22 octobre 2024Computer useClaude pilote un ordinateur (souris, clavier, écran)
    24 février 2025Claude 3.7 SonnetPremier modèle à raisonnement « hybride », préversion de Claude Code
    22 mai 2025Claude 4 (Opus 4, Sonnet 4)Claude Code en disponibilité générale
    24 novembre 2025Claude Opus 4.5Prix d’Opus divisé par trois (5 $ et 25 $ par million de tokens)
    5 février 2026Claude Opus 4.6Contexte d’un million de tokens au tarif standard
    7 avril 2026Claude Mythos PreviewModèle réservé à la cyberdéfense, pas de sortie publique
    9 juin 2026Claude Fable 5 et Mythos 5Nouveau palier au-dessus d’Opus ; suspendus du 12 juin au 1er juillet
    24 juillet 2026Claude Opus 5Nouvelle génération d’Opus
    1er septembre 2026Claude Fable 5.1 et Mythos 5.1Le modèle le plus puissant accessible au public
    22 et 28 septembre 2026Claude Opus 5.5 et Sonnet 5.5Opus 5.5 au niveau de Fable 5.1 sur la plupart des tâches selon Anthropic, pour 20 % moins cher au token qu’Opus 5 (40 % sur des charges typiques, selon Anthropic)

    Entre ces jalons, Anthropic a sorti d’autres versions intermédiaires (Opus 4.7 et 4.8, Sonnet 4.5, 4.6 et 5, Haiku 4.5) : plus de dix lancements de modèles rien qu’entre février et septembre 2026. Le détail de chaque modèle actuel, ses prix et ses limites sont dans ma fiche Claude. Pour la chronologie côté OpenAI, c’est dans mon article sur GPT-3.

    Le cas Mythos mérite son propre article : un modèle qu’Anthropic juge trop dangereux pour le public, réservé à quelques organisations pour trouver des failles de sécurité. Je l’ai traité en détail dans Claude Mythos.

    Claude Code, le produit qui a tout accéléré

    Claude Code est un agent qui travaille directement dans le terminal du développeur : il lit le code, le modifie, lance les tests. Préversion le 24 février 2025, disponibilité générale le 22 mai 2025. Le succès est immédiat.

    Selon Anthropic, Claude Code dépassait 500 millions de dollars de revenu annualisé en août 2025, puis plus de 2,5 milliards en février 2026. À cette date, l’entreprise estimait que 4 % des contributions publiques sur GitHub étaient rédigées par Claude Code. Il a largement alimenté la vague du vibe coding. Avec les ventes d’API aux entreprises, c’est ce qui explique qu’Anthropic gagne autant d’argent malgré une audience grand public bien plus petite que celle de ChatGPT.

    La sécurité, ADN et argument commercial

    Anthropic s’est construite sur un discours : l’IA peut être dangereuse, donc il faut la développer avec des garde-fous mesurables. Ce discours a produit des choses concrètes.

    • L’IA constitutionnelle (décembre 2022). Plutôt que de corriger le modèle uniquement à partir de notes humaines, Anthropic l’entraîne à juger ses propres réponses au regard d’un texte de principes. La méthode s’appuie sur le retour d’une IA (RLAIF) plutôt que sur le seul retour humain (RLHF). Le 21 janvier 2026, l’entreprise a publié une nouvelle constitution, beaucoup plus longue, écrite d’abord pour Claude lui-même et versée dans le domaine public.
    • La politique de passage à l’échelle responsable (septembre 2023). Des niveaux de sécurité, à la manière des laboratoires qui manipulent des virus, déclenchés selon ce que le modèle sait faire. En mai 2025, Anthropic active le niveau ASL-3 pour Claude Opus 4, faute de pouvoir exclure une aide à la fabrication d’armes biologiques.
    • Les alertes publiques. Le 25 juillet 2023, devant une commission du Sénat américain, Dario Amodei estimait que l’IA pourrait, d’ici deux à trois ans, aider des personnes mal intentionnées à fabriquer des armes biologiques. En septembre 2026, il publie We Must Pace the Frontier, où il demande à l’industrie de ralentir et s’engage à accueillir des évaluateurs externes avec un accès comparable à celui des salariés.

    Le revers est connu. En 2026, plusieurs chercheurs ont quitté Anthropic en lui reprochant de participer à la course qu’elle dénonce. Je tiens leur registre sur ma page consacrée au danger de l’IA.

    Les bras de fer : Pentagone, droits d’auteur, fuites

    Anthropic contre le Pentagone

    C’est l’épisode qui a mis Anthropic à la une, y compris en France. En juillet 2025, l’entreprise décroche un contrat pouvant aller jusqu’à 200 millions de dollars avec le ministère américain de la Défense, comme Google, OpenAI et xAI. Début 2026, la renégociation bloque sur deux usages qu’Anthropic refuse : la surveillance de masse des Américains et les armes entièrement autonomes.

    • 27 février 2026 : le Pentagone annonce qu’il classe Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une étiquette jusque-là réservée à des entreprises de pays adverses, et Donald Trump ordonne aux agences fédérales de cesser d’utiliser ses outils. Anthropic répond le jour même qu’aucune intimidation ne changera sa position.
    • 4 mars : Anthropic reçoit la lettre du Pentagone qui confirme la désignation, selon sa déclaration du 5 mars. Selon CNBC, Claude servait encore à ce moment-là dans les opérations militaires américaines contre l’Iran.
    • 26 mars : saisie par Anthropic, la juge fédérale Rita Lin suspend provisoirement la mesure.
    • Fin août : la juge Rita Lin, à San Francisco, juge l’une des deux désignations illégale, y voyant des représailles contraires à la liberté d’expression.
    • 25 septembre : la cour d’appel fédérale de Washington valide l’autre désignation, par deux voix contre une. Anthropic dit étudier toutes les options.

    Au 5 octobre 2026, l’armée américaine et ses sous-traitants ne peuvent donc toujours pas utiliser Claude dans le cadre de leurs contrats. Le contexte militaire complet est dans mon dossier sur l’IA à usage militaire.

    Le règlement record sur les droits d’auteur

    Dans l’affaire Bartz contre Anthropic, l’entreprise était accusée d’avoir téléchargé près d’un demi-million de livres sur des sites pirates pour entraîner ses modèles. Elle a accepté de payer 1,5 milliard de dollars et de détruire les fichiers. Le règlement a reçu son approbation définitive le 20 juillet 2026 : c’est le plus gros règlement collectif de l’histoire du droit d’auteur.

    Fuites et détournements

    Pour une entreprise qui fait de la sécurité son argument, le printemps 2026 a été gênant. Le 26 mars, Fortune révèle qu’un brouillon d’article annonçant Mythos traînait dans une base de données publique, à cause d’une erreur de configuration. Le 31 mars, la version 2.1.88 de Claude Code est publiée avec un fichier qui suffit à reconstituer environ 500 000 lignes de son code source. Anthropic parle dans les deux cas d’erreur humaine. Et en novembre 2025, l’entreprise avait révélé qu’un groupe lié à l’État chinois avait détourné Claude Code pour une campagne d’espionnage : je raconte l’affaire dans mon article sur l’IA qui pirate toute seule.

    Anthropic en 2026 : les chiffres qui comptent

    • Revenu annualisé : 14 milliards de dollars en février 2026, plus de 47 milliards début mai, selon Anthropic. Attention, un revenu annualisé projette le rythme d’un mois sur douze, ce n’est pas un chiffre d’affaires.
    • Valorisation : 965 milliards de dollars depuis la série H du 28 mai 2026.
    • Clients : plus de 500 clients dépensant plus d’un million de dollars par an en février 2026, contre une douzaine deux ans plus tôt, et huit des dix plus grandes entreprises américaines du classement Fortune parmi ses clients.
    • Calcul : à l’occasion de la série H, Anthropic a annoncé jusqu’à cinq gigawatts de nouvelle capacité avec Amazon et cinq gigawatts de puces TPU avec Google et Broadcom.
    • Comptes : Anthropic ne publie pas ses résultats. Selon Reuters, qui a consulté fin septembre 2026 un brouillon du prospectus boursier, l’entreprise a réalisé environ 4,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025 pour une perte d’exploitation de plus de 8 milliards. Anthropic n’a pas commenté.

    Tous les chiffres d’usage (utilisateurs, trafic, parts de marché) sont détaillés et datés dans mes statistiques sur Claude et Anthropic.

    Ce que cette histoire ne dit pas

    La version de 2024 de cette page se demandait si le discours des Amodei sur les dangers de l’IA n’était pas une stratégie marketing pour attirer l’attention et l’argent. La question reste légitime, et je ne vais pas la balayer.

    La prudence est aussi un positionnement commercial. Claude se vend très bien auprès des entreprises qui veulent un fournisseur « sérieux », et chaque alerte sur la puissance des modèles rappelle au passage qu’Anthropic en fabrique de très puissants. Les deux choses peuvent être vraies en même temps.

    Les lignes rouges ont des angles morts. Anthropic a refusé la surveillance de masse et les armes autonomes, mais Claude a quand même servi dans des opérations militaires, avec des humains aux commandes. Refuser deux usages ne veut pas dire refuser la guerre.

    La dépendance est double. Envers Amazon et Google, qui sont à la fois actionnaires et fournisseurs de calcul. Et envers Washington : en juin 2026, des contrôles à l’exportation ont fait suspendre Fable 5 et Mythos 5 pour tous les utilisateurs pendant près de trois semaines.

    Ce qui pèse dans l’autre sens : certains choix ont coûté de l’argent réel. Le refus face au Pentagone a fait perdre un gros client, et la cour d’appel de Washington a donné tort à l’entreprise le 25 septembre. C’est le genre de preuve que je regarde plus que les communiqués.

    Ce que ça change pour toi si tu utilises Claude

    L’histoire d’une entreprise finit dans son produit. Trois conséquences pratiques :

    1. Choisis ton modèle selon ton usage. Pour la plupart des tâches, Anthropic recommande depuis fin septembre 2026 de commencer par Opus 5.5. Fable 5.1, le plus puissant, est inclus dans les forfaits Max (dans la limite de 50 % du quota hebdomadaire) et facturé en crédits sur le forfait Pro. Il n’est pas disponible sur le forfait gratuit.
    2. Attends-toi à des refus expliqués. La constitution de Claude explique pourquoi il te répond souvent par une justification plutôt que par un simple message d’erreur. Avec Fable, certaines requêtes sensibles (cybersécurité offensive, biologie) sont même redirigées automatiquement vers un modèle moins puissant.
    3. Si tu développes, regarde les prix au token. Sur l’API, Opus 5.5 coûte 4 $ par million de tokens en entrée et 20 $ en sortie, Sonnet 5.5 2 $ et 10 $, Haiku 4.5 1 $ et 5 $ (grille officielle). Mon tutoriel pour économiser des tokens avec Claude t’aidera à tenir le budget.

    Pour comparer Claude aux autres assistants sur le prix, les limites et la qualité, tout est dans ma fiche Claude.

    Questions fréquentes

    Anthropic, c’est quoi ?

    Anthropic est une entreprise américaine d’intelligence artificielle, basée à San Francisco, qui développe les modèles et l’assistant Claude. Fondée en 2021 par d’anciens chercheurs d’OpenAI, elle est organisée en public benefit corporation, une société à mission, et était valorisée 965 milliards de dollars en mai 2026.

    De quelle nationalité est Claude AI ?

    Claude est une IA américaine. Elle est développée par Anthropic, dont le siège est à San Francisco. Malgré son prénom, elle n’a rien de français, même si elle parle très bien français et si Anthropic a annoncé en novembre 2025 l’ouverture d’un bureau à Paris.

    Qui est le créateur de Claude ?

    Claude est créé par Anthropic, fondée par Dario Amodei, son directeur général, et sa sœur Daniela Amodei, sa présidente, avec cinq autres anciens d’OpenAI : Jared Kaplan, Jack Clark, Tom Brown, Sam McCandlish et Chris Olah.

    Quand Anthropic a-t-elle été créée ?

    Anthropic a été créée début 2021. Sa première levée de fonds, 124 millions de dollars menée par Jaan Tallinn, a été annoncée le 28 mai 2021. Le premier modèle Claude est sorti le 14 mars 2023.

    À qui appartient Anthropic ?

    Anthropic n’a pas de propriétaire majoritaire. Son capital est partagé entre fondateurs, salariés et investisseurs, dont Amazon et Google. Google détenait 14 % sans droit de vote selon des documents judiciaires de 2025. Un comité indépendant, le Long-Term Benefit Trust, nomme la majorité du conseil d’administration depuis avril 2026.

    Claude, c’est OpenAI ?

    Non. Claude appartient à Anthropic, une entreprise concurrente d’OpenAI, qui fabrique ChatGPT. La confusion vient de l’origine des fondateurs : tous ont travaillé chez OpenAI avant de partir fonder Anthropic en 2021, en estimant que la sécurité n’y recevait pas assez d’attention.

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